4 mai 2012

Le match Hollande/Sarkozy dans l'éducation

Un article sur l'actualité du week-end...

LE CERCLE DES ECHOS. En désaccord assumé sur la vision de l’école qu’ils souhaitent promouvoir, les deux derniers prétendants à l’Élysée ont dans cette campagne défendu des propositions divergeant assez radicalement sur la forme et sur le fond. Après les avoir chiffrées séparément, l’Institut de l’entreprise vous en propose une analyse comparée signée d’un des membres de sa cellule de chiffrage.



Un effet comparable sur le volume d'enseignements
Nicolas Sarkozy propose d'octroyer 500 euros aux enseignants qui se porteraient volontaires pour assurer 8 heures de présence supplémentaires par semaine dans leurs établissements. L'objectif serait de toucher l'ensemble des enseignants du collège en 2017. Ceci revient à accroître la présence des enseignants du public et du privé de 1,4 million d'heures par an. Comme N. Sarkozy prévoit par ailleurs de poursuivre le non-renouvellement d'un professeur de collège et de lycée partant à la retraite sur deux, sa proposition reviendrait à créer un potentiel d'heures équivalant à 60 000 postes de professeurs certifiés environ, effectuant 18 heures d'enseignement.
De son côté, François Hollande propose de procéder directement au recrutement de 60 000 enseignants, en plus du renouvellement de l'intégralité des départs à la retraite sur la période 2012-2017.
Dans les deux cas, on peut imaginer que ces deux propositions auront pour conséquence, directe ou indirecte, de remplacer tout ou partie des actuelles heures supplémentaires années, qui ont largement augmenté ces dernières années du fait des non-renouvellements des départs à la retraite d'enseignants, et qui s'élevaient en 2010-2011, public et privé confondus, à 658 000 heures supplémentaires années, pour un coût de 845 millions d'euros.

Un coût comparable
Le chiffrage du coût brut des propositions de Nicolas Sarkozy revient à évaluer l'octroi progressif de la surrémunération de 500 euros accordée aux 20 % d'enseignants des collèges volontaires par an nécessaire pour attendre l'objectif – ambitieux – de 100 % de volontaires en fin de quinquennat. Partant d'un coût brut de 588 euros, nécessaire pour aboutir à un surcroît de rémunérations nettes de 500 euros, le coût de la mesure en 2017 s'élèverait à 1,2 milliard d'euros.
Dans la proposition de François Hollande, le coût est celui de l'entrée des enseignants recrutés annuellement, cumulé progressivement sur cinq ans. Nous ne tenons pas ici compte du coût progressivement supérieur des nouvelles recrues du fait de leur progression d'échelon, ni du fait que ces recrutements ont en général lieu en septembre. Partant d'un coût moyen pondéré des différentes catégories d'emploi du secondaire (enseignants, accompagnants, encadrants, administratifs) de 30 000 euros, on aboutit à un coût de 1,8 milliard d'euros en 2017.
Dans les deux cas, comme on l'a vu, doit être soustrait à ce premier résultat le coût actuel des heures supplémentaires années remplacées par cette hausse de l'offre d'enseignements.
- Dans le cas de François Hollande, on peut faire l'hypothèse que l'ensemble des HSA sera remplacé. Par conséquent, le coût net de sa proposition pourrait ne s'élever qu'à 955 millions d'euros.
- Dans la proposition de Nicolas Sarkozy en revanche, seule une partie des heures supplémentaires seraient remplacées, dans la mesure où cet accroissement de la présence des enseignants viserait d'abord le collège d'une part, et que, d'autre part, seule une partie de ces heures supplémentaires se traduirait par des enseignements, le reste étant consacré à de l'encadrement et des études dirigées. En considérant que sur ces 8 heures supplémentaires, 3 heures sont affectées à l'enseignement, dont une partie permettra de compenser la poursuite du non-renouvellement de la moitié des départs à la retraite, seuls 22 % des heures supplémentaires actuelles pourraient être remplacées. Le coût net de la proposition s'élèverait alors approximativement à 1 milliard d'euros par an.

Des limites dans les deux camps
Dans la proposition de François Hollande, les marges de manœuvre étant consacrées aux recrutements, la voie d'une revalorisation significative des salaires des enseignants semble exclue.
Par ailleurs, la mise en œuvre de cette proposition ne manquera pas de se heurter à la crise des vocations de l'enseignement scolaire, qui se manifeste dans certains concours de recrutement par un nombre de candidats quelquefois inférieur au nombre de postes ouverts. Enfin, l'objectif d'accroître le nombre de postes pourvus pourrait se traduire par une baisse des exigences des jurys.
Les limites de la proposition de Nicolas Sarkozy se trouvent d'abord dans la poursuite même du non-renouvellement de la moitié des départs en retraite : même compensées par des heures supplémentaires massives, les réductions de poste se heurtent désormais à des difficultés organisationnelles et physiques dans certains établissements.
Rappelée par de nombreux témoignages sur le site du Monde.fr notamment, la deuxième limite de cette proposition tient au fait que de nombreux enseignants passent actuellement déjà plusieurs heures dans leurs établissements au-delà des 18 heures réglementaires, soit au travers d'heures supplémentaires d'enseignement soit par le biais d'autres activités (réunions diverses, accueil des parents, études dirigées, activités associatives, etc.). La proposition pourrait donc se limiter à rémunérer des heures supplémentaires déjà existantes, sans accroître réellement la présence des enseignants.
Enfin, si cette proposition se traduit tout de même par une augmentation du nombre d'heures, une dernière limite tient au fait que ces heures empièteront nécessairement sur la préparation des cours et la correction des copies des élèves, souvent effectuées à domicile.

Deux projets de société antagonistes
Comme souvent en France, dans cette campagne présidentielle, l'école est un symbole du projet collectif, national ou républicain, des candidats. Partant de diagnostics divergents sur l'état de l'école, les deux candidats des partis majoritaires proposent des solutions différentes pour obtenir des résultats comparables, à un coût comparable : un milliard d'euros pour accroître d'environ 60 000 le nombre d'enseignants ou leur équivalent en heures supplémentaires. Les propositions étant donc comparables, il est tentant de comparer les divergences de méthode.
Dans le projet de François Hollande, il s'agit de répondre à la crise de l'école en augmentant le nombre de fonctionnaires, sans accroître significativement leur pouvoir d'achat. Il s'agit en quelque sorte d'accroître le nombre de bénéficiaires sans accroître les bénéfices reçus par chaque personne.
Dans le projet de Nicolas Sarkozy, pour obtenir le même résultat, il s'agit au contraire de réduire le nombre de fonctionnaires, en les faisant travailler plus, en contrepartie d'un accroissement significatif de leur pouvoir d'achat. Le nombre de bénéficiaires est réduit, mais leurs bénéfices sont accrus.
Les deux méthodes s'inscrivent au final chacune parfaitement dans leur famille politique, réaffirmant un clivage traditionnel, avec d'un côté, l'objectif d'une meilleure répartition des richesses, et de l'autre, celui d'une meilleure rémunération des efforts individuels.

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