27 septembre 2010

Professeurs, à vos blogs !

(Où mes intentions sont décryptées... ;-))

Par Vincent Olivier, Fondateur du portail lewebpedagogique.com

Comment un professeur de collège ou de lycée peut-il garder le lien avec les «digital natives» que sont maintenant tous ses élèves? Par exemple en ouvrant un blog et en établissant un dialogue interactif avec eux. Une méthode qui se développe et qui renforce la relation professeur-élève.

Les élèves qui sont aujourd'hui au collège, qui ont entre 10 et 15 ans, ont grandi avec internet. Ils sont, selon l'expression créée par Marc Prensky, des «digital natives», nés dans la culture numérique. Avec le média numérique, qui est devenu son média de référence, toute une génération s'est construit un rapport particulier à l'information et des nouveaux modes de socialisation. En France, depuis environ dix-huit mois, les jeunes passent, selon les sondages, plus de temps sur l'internet que devant la télévision, une majorité des 10-25 ans est active sur Facebook: cette évolution n'a pas échappé aux profs...

Dans ce contexte, la question qui se pose au corps enseignant n'est plus «y aller ou pas?», mais «comment en faire bon usage?». Pour des adultes qui n'ont pas grandi dans cet univers, comment s'adapter et comment faire évoluer ses pratiques pédagogique? De nouvelles perspectives s'ouvrent, mais aussi des difficultés nouvelles.
Certes, l'équipement n'est plus un réel problème. Il l'était il y a 4 ou 5 ans, il ne l'est plus. Les conseils régionaux ont fait des efforts pour les lycées, les conseils généraux pour les collèges (le mouvement est moins évident dans le primaire, mais ce n'est pas très grave, car là, il faut d'abord apprendre à lire et écrire) Il y a en tout cas un niveau suffisant de matériel dans les écoles pour que ce ne soit plus un prétexte à ne pas y aller. C'est encore plus vrai à la maison, où les jeunes se débrouillent, quel que soit leur niveau social. C'est vrai aussi pour les professeurs qui, en tant que catégorie socio-professionnelle, sont plus équipés que la moyenne de la population française.
 
RECHERCHER L'INFORMATION AILLEURS QUE SUR GOOGLE

Les difficultés relèvent plus du développement des usages. Comment faire un usage pédagogique de l'internet, et le mettre au service de la formation des citoyens?

Il y a d'abord la question de la recherche de l'information. Les enfants ont grandi avec Google, et avec l'idée que toute l'information y est accessible: «je vais sur Google, je vais trouver». Les adultes aussi «googelisent» mais savent qu'il y a aussi de l'information ailleurs: ce n'est pas parce que ce n'est pas sur Google que l'information n'existe pas. Les enfants eux ont l'impression de savoir, mais ils ne savent pas chercher. L'accès à l'information est un vrai sujet, et le professeur peut y jouer un vrai rôle de guide et de passeur.

Le professeur ne peut plus non plus ignorer les questions de socialisation ouvertes par l'internet. L'internet perturbe, pour le pire ou le meilleur, les modes de socialisation du citoyen. Comme la mission première du professeur est de former un citoyen, il ne peut plus le faire sans avoir intégré une formation au bon usage des outils numériques. Les professeurs en sont d'ailleurs tous conscients.

Une des approches possibles pour le professeur est d'utiliser un outil simple: le blog. Cela a été le sens de notre approche en fondant lewebpedagogique.com qui accueille aujourd'hui 18.000 professeurs sur un portail et leur permet, en plus de leur travail en cours, de publier des documents et d'entrer, par un autre moyen que la présence physique, en relation étroite avec leurs élèves.

Il n'y a pas opposition ou antagonisme. Ces blogs pédagogiques fonctionnent bien car ils sont dans le prolongement naturel de la relation que le professeur a avec sa classe. Cela reste une relation entre un individu et un groupe, pas une relation entre deux individus. Le modèle de la classe est universel, et c'est un modèle qui ne date pas d'hier. C'est un modèle abouti, c'est le cœur de la pédagogie dans le monde entier. Donc il n'y a aucune raison de le changer et l'internet ne le change pas significativement.

LIENS HYPERTEXTE ET DIALOGUE INTERACTIF

Le professeur se pose la question: qu'est ce que je peux faire qui va venir en complément de ma discipline, pas en opposition? Le blog y répond bien.

D'abord, le blog incite à une écriture hyper-textuelle. On fait des liens vers des vidéos, des sites, des images. C'est une démarche très classique. De tous temps, les professeurs ont étayé leur cours avec des documents, des cartes et de textes. Le professeur n'est pas le seul producteur mais il est aussi le passeur, celui qui connaît, bien au delà de Google, des sources multiples d'informations, qui les a triées et qui montre des documents pertinents.

Ces liens vont lui permettre de renouveler sa discipline, de la rendre plus attirante. Quand, en langue vivante, vous prenez une bande d'annonce originale d'un film américain et que vous demandez aux élèves d'y mettre un commentaire, vous avez une approche très attractive, votre cours s'inscrit dans la réalité.

Ensuite, le blog apporte d'autres canaux au rapport professeur-élève. Soit qu'on leur demande, soit qu'ils le fassent volontairement, les élèves peuvent poster des commentaires, poser des questions, réagir. Les échanges dans la classe sont quelquefois complexes, intimidants. Sur le blog c'est naturel, l'élève maîtrise sa prise de parole sans la pression de ses pairs.

Il est important de noter que le professeur voit l'interactivité avec ses élèves accrue et son rôle renforcé. C'est le professeur qui maîtrise son blog. S'il y a un commentaire désobligeant, il ne le publiera pas. C'est lui qui choisit les ressources, il est maître du choix et de la validation des documents. Il est donc bien celui qui fait le tri dans le foisonnement des informations du net et le médiateur.

LE RÔLE RENFORCE DU PROFESSEUR MÉDIATEUR

Comment les professeurs utilisent-ils ces blogs? Les usages qu'on observe sont très variés.

Le plus immédiat est le blog «cahier de textes». Voilà ce qu'on a fait aujourd'hui et ce que l'on va faire demain. C'est très simple mais cela permet d'ouvrir l'espace. Cela change en outre profondément la relation avec les parents qui peuvent savoir où leur enfant en est dans son apprentissage.

Il y a ensuite, c'est le plus répandu, le blog qui est un complément du cours: «ce matin, je vous ai parlé du général de Gaulle, allez voir la vidéo sur le site de l'INA».

Et puis il y a de plus en plus de «blogs de classe», avec des journaux collaboratifs d'élèves, des exposés en ligne, etc... Le professeur met ainsi l'élève en position de producteur. C'est une pédagogie de projet, très pratique en langue vivante et en français.

Il y a aussi bien sûr des démarches d'établissements ou de centres de documentation, qui sont souvent un point fédérateur. Mais l'essentiel reste le blog personnel de professeur, qui correspond d'ailleurs à la spécificité de l'identité culturelle française. Depuis Jules Ferry, il y a un principe d'autonomie du professeur, qui, une fois qu'il a refermé la porte de sa classe, est le maître à bord. Dans le cadre des programmes fixés, il choisit ses outils, ses méthodes. C'est pour cela que l'approche du blog fonctionne bien

Et elle marche d'autant mieux qu'elle procure au professeur un plaisir d'auteur. L'accès au blog pourrait être fermé, avec des codes identifiants, mais ce n'est généralement pas le cas. Le site est ouvert aux élèves, aux parents, aux anciens élèves et...aux curieux. Certains professeurs ont 20 ou 30.000 visites par mois sur leur blog. On est dans une logique de classe ouverte, de partage de connaissances.

Les professeurs ont ainsi le plaisir de trouver d'autres élèves..
.

(Propos recueillis par Yves de Saint Jacob)
Source : Le Monde.fr du 20/09/10 via Marine D. 

 

9 commentaires:

Anonyme a dit…

merci d'avoir repris cet entretien !
Vincent OLIVIER

Sonia Geffrier a dit…

Mais, de rien :-)

RuBisCO a dit…

N'êtes vous pas un exemple que les enseignants savent utiliser l'informatique et partager ses connaissances.
De plus en plus de professeurs utilisent ces supports : la majorité de mes profs utilisent l'ordinateur. En physique, avec chaque binôme son ordinateur, on peut communiquer entre binôme, corriger de notre place nos exercices et compléter les fiches. C'est drôlement pratique.

Sonia Geffrier a dit…

De plus en plus de mes collègues (au sens large, c'est-à-dire dans et hors de mon établissement) se mettent à l'informatique.
Mais il reste encore un nombre impressionnant de réfractaires qui ont trop d'amour propre pour essayer : il est plus facile de dire "ça ne sert à rien" que de reconnaître qu'on ne maîtrise pas l'outil et qu'on doit se former pour en retirer les bénéfices adaptés à sa discipline...

Boulie a dit…

Je suis cette année en formation pour être professeur des écoles et demain j'aurai mon premier cours d'informatique. Je crois que dans ma promo nous sommes tous conscients de l'importance de l'informatique et d'Internet à l'école : que ce soit un outil pour enseigner, ou un domaine où il faut former l'élève.

Sonia Geffrier a dit…

Voilà qui est bon augure pour vos futurs élèves !

DM a dit…

Mmmh. J'ai déjà entendu de nombreuses fois cette protestation selon laquelle Google serait trompeur, car tout n'est pas sur Google.

En réalité, avec Google Books, une bonne partie des ouvrages universitaires sont sur Google (ok, pas en texte intégral, pour des raisons de copyright, mais au moins on peut chercher). Avec Google Scholar, on a accès à de nombreux articles de recherche.

Pour la recherche scientifique, du moins en mathématiques et sujets associés (informatique, physique...), Google me paraît un excellent outil, surtout si l'on sait l'utiliser.

Vous me direz que nous discutons ici d'élèves de collège ou lycée et non de chercheurs. Réfléchissons maintenant aux ressources accessibles pour ceux-ci.

Prenons un exemple concret. J'ai une fois aidé des lycéens à faire un TPE sur la cryptographie. L'unique ouvrage auquel ils avaient accès sur le sujet (je ne sais plus si c'était au CDI ou en bibliothèque municipale) est un ouvrage assez grand public et historique, sans doute très intéressant mais qui n'explique pas les problématiques et usages actuels.

Quant à Universalis, ce n'est que très tardivement qu'elle a consacré un article à la cryptographie (je pense qu'ils ne l'ont fait que lorsque mon collègue Jacques Stern a eu la médaille d'or du CNRS, ce qui a un peu médiatisé le sujet). Plus généralement, il me semble qu'Universalis a un choix de sujets scientifiques assez daté, parfois réactualisé quand un sujet vient dans les médias.

Il est donc sans doute bien plus efficace d'aller sur Google, de chercher "cryptography" (car le monde intellectuel scientifique fonctionne en anglais), et de partir de:
http://en.wikipedia.org/wiki/Cryptography

En plus, ça fait progresser en anglais, ce dont de nombreux étudiants auraient bien besoin.

Sonia Geffrier a dit…

J'aime bien le 2ème effet kiss-school des recherches sur internet en général (les progrès en anglais dans votre dernière phrase).

DM a dit…

En quoi consistent les cours d'informatique dans la formation des professeurs des écoles?

(Je suis de la génération du « plan informatique pour tous », où l'on a mis des ordinateurs dans les écoles avec initiation à la programmation BASIC et LOGO. J'ai l'impression que de nos jours, personne ne penserait à mettre de la programmation, mais plutôt de l'usage de Word, Excel et du Web.)

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