20 août 2010

La recherche française en maths est jeune et dynamique


Entretien réalisé par Libération avec Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l'Institut des hautes études scientifiques de Bures-sur-Yvette.
Pourquoi la France est-elle un pays leader en mathématiques?
Il existe une vraie tradition des mathématiques en France. Les études supérieures en mathématiques sont synonymes d'une certaine reconnaissance. Le système des écoles préparatoires y participe. Le rôle du CNRS est aussi extrêmement important. Il permet aux jeunes doctorants d'accéder à des postes stables. Ils peuvent donc s'attaquer à un travail de recherche plus difficile dans la durée. Il s'agit d'une prise de risque considérable, car les projets sont ambitieux et très longs. Bao-Châu Ngô, par exemple, a pu accéder à ce programme.
Combien y a-t-il de chercheurs en mathématiques en France?
Nous sommes 3 500 chercheurs en mathématiques dans le monde académique en France. Il y a environ 500 à 600 chercheurs dans la tranche des 30-40 ans. Cette génération est en plein boom, elle est exceptionnelle. Elle détient de grandes responsabilités en matière de mathématiques et c'est pour eux que des fonds doivent être débloqués pour faire avancer la recherche.
La recherche en mathématiques nécessite-t-elle beaucoup d'argent?
Les mathématiques coûtent peu cher, mais nous avons tout de même besoin de 15 millions d'euros par an pour continuer notre travail. Je suis surtout inquiet pour les structures nationales, comme l'Institut Henri Poincaré (IHP), qui voient l'aide de l'Etat diminuer chaque année. Avec le succès que connait la France, j'espère que nous obtiendront les fonds nécessaires.
Pensez-vous que les conditions sont réunies pour continuer à développer la recherche en France?
On constate une multiplication des postes de courte durée. Il s'agit d'un système calqué sur le modèle des recherches en biologie. Ce sont des petits projets financés sur un temps très court. C'est absurde, on ne peut pas étendre ce système aux mathématiques car chaque science possède un mode d'organisation particulier. Il faut pouvoir accroître le temps consacré à chaque sujet de recherche en mathématiques.
Les chercheurs français préfèrent-ils travailler à l'étranger?
C'est un phénomène assez complexe à étudier. Les mathématiques sont une discipline extrêmement attractive en France. Entre 2003 et 2008, 40% des chercheurs en mathématiques au CNRS étaient étrangers car il existe une grande liberté de travail en France. En même temps, certains centres de recherche à l'étranger proposent des conditions de travail exceptionnelles. C'est le cas pour Bao-Châu Ngô, qui continuera ses recherches à Chicago.
Existe-t-il une application pratique aux recherches de Bao-Châu Ngôet de Cédric Villani?
Il ne faut pas forcément chercher une application pratique à ce type de recherches. Bao-Châu Ngô s'est spécialisé en mathématiques fondamentales. C'est un travail qui touche au plus profond l'organisation des mathématiques. Nous ne comprenons pas encore tout. Cédric Villani s'est attaqué à une question qui a des applications concrètes: l'optimisation du transport. Ce n'est cependant pas dans un souci d'applicabilité que nos deux lauréats se sont lancés dans de telles recherches.

Source : Libération.fr

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