21 octobre 2011

Peut-on séparer l'école de l'Etat ?

Merci à Benoît pour cet article de Damien Theillier sur le système scolaire américain.

Un sujet majeur de discussion lors de la FreedomFest cette année a été le mouvement pour le droit de choisir son école qui a fait une percée remarquable ces dernières années aux États-Unis. Dans un récent éditorial, le Wall Street Journal a fait de 2011 « l'année du choix de l'école ». Les parents et les législateurs qui les représentent, en particulier dans les écoles des quartiers défavorisés, sont las d'attendre les effets promis d’une énième « réforme de l'éducation » dans les écoles publiques de leurs enfants. Ces parents réclament un environnement éducatif favorable à un véritable apprentissage et se tournent alors vers des écoles indépendantes.

Selon le Wall Street Journal, 13 États auraient déjà adopté, sous une forme ou sous une autre, une législation favorable au choix de l’école et 28 États sont en instance d’adopter les mêmes lois : bourses et allègements fiscaux pour les écoles privées, crédits d’impôts pour les frais de scolarité, bons scolaires etc.

School Choice Week est venue à la FreedomFest délivrer son message. Il s’agit d’une organisation nationale qui veut promouvoir une éducation de qualité pour tous. School Choice Week avait réuni une table ronde composée de Lisa Graham Keegan, fondatrice et présidente de Education Breakthrough Network, Juan Williams, analyste politique sur Fox News, Michelle Bernard, analyste politique sur MSNBC et le consultant politique Dick Morris .

L'éducation doit faire parti de toutes les discussions politiques et sociales, a déclaré Williams. « Elle est au centre de l'agenda libertarien ». La thèse des conférenciers était que l'avenir économique et politique du pays est inextricablement lié au système d'éducation.

Mais aux États-Unis, comme en France, le système est actuellement dominé par les syndicats d'enseignants. Dick Morris a donc posé une question fondamentale Les écoles sont-elles un projet de services publics pour les enseignants ou existent-elles pour éduquer les enfants ? Cette question est l’un des défis majeurs que doit relever l'enseignement public.

Les États-Unis sont emblématiques de la crise de l'éducation qui frappe la plupart des pays développés. Malgré des dépenses record et des initiatives de grande ampleur menées récemment pour sauver le système scolaire (par exemple, le No Child Left Behind Act de Georges Bush, lancé en 2002), le niveau des élèves américains est inférieur à celui de tous les pays européens et continue de s'affaiblir.

Pour les libertariens réunis à la FreedomFest, la liberté de choix en matière de scolarité signifie non seulement le droit de choisir la meilleure école pour chaque enfant, mais encore le droit de ne choisir aucune école. Le choix de l’enseignement à domicile (home schooling) semble à beaucoup le meilleur choix.

Aujourd’hui, entre 1,6 million et 2 millions de parents optent pour le home schooling, arrangement par lequel les parents font office d’enseignants et le domicile sert d’école. Le nombre de ceux qui adoptent ce mode d’éducation ne cesse de croître chaque année.

Les parents choisissent l’enseignement à domicile pour plusieurs raisons
. Certains recherchent l’occasion de transmettre des valeurs philosophiques ou religieuses à leurs enfants. D’autres considèrent le home schooling comme un moyen de resserrer les liens familiaux, de favoriser la performance scolaire, de s’assurer d’un enseignement adapté aux besoins de l’enfant ou bien de mettre en pratique des approches éducatives non traditionnelles.

Malgré leur hétérogénéité, les parents qui favorisent cette façon d’instruire leurs enfants s’accordent généralement sur un de ses avantages : la possibilité d’adapter le curriculum et l’enseignement aux besoins de chaque élève. Les chercheurs affirment d’ailleurs régulièrement que les élèves de familles mettant en pratique le home schooling obtiennent, dans l’ensemble, des résultats supérieurs et sinon au moins égaux à ceux d’élèves d’écoles traditionnelles en matière de tests standardisés. Ajoutons que ce type d'enseignement reviendrait à environ 700 dollars par an, soit un dixième du coût de l'élève à l'école publique.

Cette expérience américaine pourrait être une réelle source d’inspiration dans un pays comme la France qui souffre des mêmes maux avec des résultats médiocres des élèves français aux tests internationaux, alors que notre système englouti des milliards.

Chroniques de la Freedom Fest à Las Vegas

Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d'un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).

3 commentaires:

Agnès a dit…

"Ajoutons que ce type d'enseignement reviendrait à environ 700 dollars par an, soit un dixième du coût de l'élève à l'école publique."

J'avoue que cette phrase me laisse perplexe. Je suppose que le salaire qui n'est pas gagné par le parent-enseignant n'est pas pris en compte ?

Anonyme a dit…

Tiens un sujet politique sur algorythmes...

Je trouve pour ma part cet article très intéressant car il esquisse un mode de réflexion qui est certes encore très minoritaire en France, mais est promis, me semble-t-il, a un bel avenir au vu de la baisse constante de productivité du système éducatif francais ( productivité = niveau scolaire des éléves / resources utilisées).

Le coté positif me semble constituer le retour des familles, et donc des enfants, comme le pivot central du système éducatif en permettant à chacun de choisir dans une certaine mesure l'éducation adaptée a chacun de ses enfants et donc recréer les conditions de l'amélioration du système éducatif.

Les familles aisés ont toujours pu, moyennant un effort financier, pallier aux carences du système éducatif. Les grands perdants sont malheureusement les classes populaires et moyennes qui n'ont plus accès à un enseignement de qualité et donc à l'égalité réelle des chances. Un retour à la une plus grande liberté de l'enseignement, à condition de l'organiser de manière socialement juste, permettrait de redonner du sens à l'idéal de notre république d'égalité d'accès à l'éducation.

On pourrait imaginer par exemple que les familles puissent choisir entre l'école "publique" ou un chèque education donné à chaque enfant et bonifié pour les familles les plus modestes. Ce chèque permettrait de payer les profs et autres frais dans des écoles associatives. Tout le monde y serait gagnant : l'état pourrait probablement faire des économies sur les frais de structure du mammouth, les parents et les enfants qui pourraient choisir le meilleur projet educatif pour chacun et enfin les profs qui retrouveraient certainement du sens à leur métier.

L'article a aussi le mérite de bien mettre en exergue le conflit d'intérêt entre d'un coté la corporation des employés de l'éducation nationale et de l'autre la nation et les parents d'élève.

Dans le contexte d'un Etat français qui a vécu à 50% au dessus de ses moyens depuis de nombreuses années et qui pourrait etre forcé de faire des coupes sombres de plusieurs de dizaines de pourcents dans son budget, le premier poste de dépense (l'éducation) risque de devoir se réorganiser.

Dans cette perspective, le fait de donner une plus grande liberté aux parents pour organiser l'éducation de leurs enfants me semble etre une piste intéressante car elle pourrait à terme satisfaire les parents en demande de plus de controle, l'état en demande de moins de controle, et moyennant quelques adaptations, les enseignants en quête de sens.


J'y vois en tout cas un piste de "reconstruction" après la faillite prévisible, tant financière, qu'éducative, d'un certain modèle "d'école républicaine" qui ayant abandoné tout ses idéaux fondateurs depuis quelques décennies ne semble plus satisfaire qui que ce soit (même son personnel, bénéficiaire le plus direct de son existence et à ce titre son plus grand défenseur).

Sonia Geffrier a dit…

Merci pour ce commentaire bien complet !

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