21 juin 2011

[Réforme] Les lycéens mal préparés aux études supérieures ?

Article publié sur le blog de la rédaction du Monde Education intitulé "Peut mieux faire" :


Les grandes écoles tirent la sonnette d'alarme : elles estiment que la réforme du lycée, appliquée en seconde en 2010 et en première en 2011 (avant les terminales en 2012), pourrait encore dégrader le niveau des élèves.
L'un des points qui les inquiètent particulièrement, c'est le niveau scientifique des futurs bacheliers. « Il est dangereux de revoir gravement à la baisse les exigences » en sciences, a déclaré Pierre Tapie, président de la Conférence des grandes écoles (CGE), lors d'une conférence de presse, mardi 21 juin. Selon le directeur général de l'Essec, « on perd 3 heures de sciences en tout en première et en terminale avec la réforme ».
Or, le niveau des élèves français n'est déjà pas brillant, rappelle-t-il : « La France est passée de la 17e à la 22e place entre 2003 et 2009 dans les enquêtes PISA [conduites tous les trois ans par l'OCDE auprès d'un grand nombre de pays pour déterminer le niveau des jeunes de 15 ans] . Comme grande école, on ne peut qu'en être consterné. D'autant que l'on constate une perte de compétences aussi bien chez les plus forts que chez les plus faibles. A l'entrée en 6e, les "illettrés mathématiques" sont passés de 12 % à 18 %. C'est terrifiant. »
 
Des bacheliers mal préparés au supérieur
La CGE s'inquiète en outre de ce que l'autonomie des établissements n'accroisse les écarts. « Cela pourrait amener, prévoit M. Tapie, à ce que le nombre d'heures de sciences par semaine soit supérieur de quatre heures dans un grand lycée de centre ville par rapport à un lycée défavorisé. On ne veut pas se retrouver, dans dix ans, avec une ségrégation renforcée. »
Et il n'y a pas que le niveau en sciences qui préoccupe les grandes écoles, même si le contexte est ici marqué par une désaffection des jeunes pour les études et les métiers scientifiques. Le niveau général est en danger, prévient la CGE. « Le taux d'échec ou d'abandon a augmenté dans le premier cycle des écoles, assure M. Tapie. Il peut atteindre 20 % dans certaines d'entre elles. Les bacheliers manquent en effet de préparation et d'aptitude à l'enseignement supérieur. »

"La main à la pâte" à l'index
Alors, que faire ? La CGE présentera des propositions en septembre. Mais elle condamne d'ores et déjà la baisse du nombre d'heures de sciences et met en garde contre « une application systématique de la Main à la pâte ». Ce dispositif expérimental que le ministre de l'éducation nationale veut étendre consiste à aborder les sciences avec les élèves par l'expérimentation. Si l'on fait cela, « en oubliant la puissance de la formalisation mathématique, on va encore dégringoler dans PISA ».
Elle prône également le retour d'une « filière littéraire d'élite avec des maths » et déplore qu'il soit « interdit aux scientifiques de faire du latin et du grec. Ce n'est pas comme ça que l'on fera des gens cultivés ! Il ne faut pas gérer les gens à haut potentiel en les enfermant dans des cases. C'est comme ça que l'on fait baisser tout le monde. »
Benoît Floc'h

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